Politique
Haïti/Justice/Droits Humains : Les prisons en Haïti, véritables tombeaux des droits de l’homme
Published
4 ans agoon
Plusieurs organisations dont la Fondation Je Klere (FJKL), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), le Collectif des Avocats pour la Défense des Droits de l’Homme (CADDHO) ont tiré la sonnette d’alarme sur les mauvaises conditions de détention dans les prisons à travers les différentes juridictions du pays. Le droit à la santé, au logement, à la vie, à l’assistance judiciaire n’est pas garanti. Ajouter à cela, des détenus décèdent en série dans les prisons, surtout au pénitencier national. Les organismes de droits humains dénoncent la violation flagrante des droits des détenus par L’État haïtien. Ils exigent des autorités le respect des droits des prisonniers, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ainsi que d’autres conventions signées et ratifiées par Haïti en ce qui concerne le traitement et le droit des prisonniers.
Les prisonniers se trouvent dans un piteux état dans les centres carcéraux du pays. En effet, à travers des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux ces derniers mois, on y voit des détenus torses nus, faméliques, d’une pâleur cadavérique, allongés sur la cour de la plus grande prison du pays. Ces derniers sont vraisemblablement mal nourris, puisqu’il leur reste que les os et la peau et ils vivent dans des espaces insalubres.
Lebrun Fils, qui frise la trentaine, a été incarcéré pendant deux ans à la prison civile de Port-au-Prince, communément appelée Pénitencier National, se souvient encore de chaque moment vécu dans cet enfer. Visage crispé, d’une voix tremblotante, il nous raconte son calvaire. Si dans d’autres pays le seul droit dont on prive les prisonniers est le droit à la liberté, en Haïti les détenus se voient privés de tous les droits fondamentaux.
« J’ai passé deux ans et deux mois au pénitencier national, ces deux années ont été cauchemardesques. On est mal nourris, les nourritures ne sont pas de qualité. La majorité des prisonniers sont tuberculeux, et si on est malade il existe un seul médicament pour toutes les maladies. À cela s’ajoute le problème d’eau potable, le manque de nourriture, la non-assistance médicale», nous raconte-t-il.

Des prisonniers sur la cour du Pénitencier National
Les conditions d’hygiène et les installations sanitaires sont quasi inexistantes dans les prisons. Dans les différents centres carcéraux du pays, le droit à la santé, au logement, à la vie, à l’éducation, entre autres, n’est pas garanti, causant ainsi la mort de plusieurs détenus, notamment au pénitencier national, selon les témoignages.
Lebrun affirme que la majorité des détenus du pénitencier national sont en détention préventive prolongée et vivent dans des conditions infrahumaines au sein de ce centre carcéral. Ajouter à cela, le nombre de prisonniers par cellules est quadruplé. Il affirme que la majorité des détenus sont souvent victimes de violence de la part de leurs pairs qui sont privilégiés.
« Les cellules qui ont plus d’une vingtaine de détenus, il y a différentes types de classes comme c’est le cas dans la société. Certains prisonniers peuvent tabasser ou maltraiter d’autres prisonniers sans être punis. Il existe beaucoup de violences dans les prisons », a-t-il déclaré.
« Alors que tu es en train de manger puis tu regardes impuissamment un détenu faire ses besoin sous tes yeux, car on est ici pour la même cause et on nous traite de la même façon. Tu t’imagines un juge a ordonné la libération d’un détenu, ce dernier n’avait pas les frais de dossier fixés à 1000 gourdes, il est resté plus de 3 mois de plus en prison. La majorité des détenus n’ont jamais été jugés, ce sont des gens qui ont été arrêtés, puis jetés en prison sans être jugés, et ceci, peu importe l’acte posé », poursuit le trentenaire.
La détention préventive prolongée, un couteau dans la plaie du système carcéral
C’est peu dire, quand on sait que le fonctionnement du pénitencier national échappe à toutes régles et principes établis. Ce n’est pas la responsable de programme au Réseau National de Défense des Droits Humains qui viendra dire le contraire. Marie Rosie Auguste Kesner Ducenat confirme et déplore, elle aussi, les mauvaises conditions des détenus. Un tableau bien sombre qui existe dans pratiquement toutes les 18 juridictions du pays. En sa qualité de défenseure des droits humains, elle dénonce la violation flagrante des droits fondamentaux des détenus dans les centres carcéraux du pays. La militante plaide en faveur d’un traitement répondant aux normes internationales de détention dans nos prisons.

Conditions sanitaires des prisonniers au Pénitencier National
De son côté, le coordonnateur général du Collectif des Avocats pour la Défense des droits de l’homme, Me Arnel Remy, considère la détention préventive prolongée comme le problème majeur du système carcéral. Pour le responsable du CADDHO, cette situation résulte du dysfonctionnement du système judiciaire tout simplement. Voilà pourquoi, l’homme de loi conseille aux autorités judiciaires de mettre les bouchées doubles afin de rétablir le fonctionnement des tribunaux et des cours de la République afin de désengorger les prisons. En ce sens, il prône la tenue, en urgence, des assises criminelles et des audiences en correctionnelles, en vue de diminuer la population carcérale.
« A l’ouverture de l’année judiciaire 2021-2022, en octobre 2021, la population carcérale était estimée à onze mille-deux-cent-cinquante (11.250) prisonniers-ères dont deux-mille-quatorze (2.014) condamnés et neuf-mille-deux-cent-trente-six (9.236) personnes, soit 82 %, en attente de jugement. A sa fermeture en septembre 2022, la population carcérale est estimée à onze-mille-sept-cent-trente-sept (11.737) détenus-es dont mille-huit-cent-quatre- vingt-cinq (1.885) condamnés-es et neuf-mille-huit-cent-cinquante-deux (9852) détenus-es, soit 84 % en attente de jugement. 323 personnes ont été jugées, 194 ont été condamnées, 67 autres ont été libérées, 67 personnes ne sont pas fixées sur leur sort. Les doyens des tribunaux criminels n’ayant pas encore prononcé leur verdict », rapporte le RNDDH dans un rapport intitulé «Dysfonctionnement des systèmes judiciaire et pénitentiaire : Le RNDDH plaide pour le respect des droits aux garanties judiciaires», en date du 11 novembre 2022.
82% de la population carcérale a été en attente de justice, malgré l’invasion de 145 détenues à la prison civile de Cabaret. 81% de la population est en attente de jugement, selon le rapport. Parallèlement, 172 détenus sont décédés, de janvier à octobre 2022, dans 14 prisons civiles du pays et au sous-commissariat de Petit-Goâve convertis en prison depuis un certain temps. Le RNDDH fait état également de 24 prisonniers décédés suite à l’apparition du choléra au pénitencier national. Haïti détient le plus haut pourcentage de détention préventive, soit près de 82% alors que dans l’Amérique le taux avoisine les 35 à 40%, selon les données d’un rapport du RNDDH publié en novembre 2021, ce qui prouve que le pouvoir judiciaire est dysfonctionnel depuis deux années.
Au-delà des différents problèmes que connaissent les prisonniers dans les centres de détention, les organismes de défense des droits humains quant à eux croient que le bilan est plus catastrophique considérant la précarité des conditions de détention en dehors du respect des principes de droits humains. Est-ce que la lutte contre la détention préventive prolongée reste une phrase qui sera mentionnée dans le discours de chaque garde des sceaux de la République, de chaque parquetier à leur prise de fonction ou serait-elle une lutte acharnée ?
Juste un Clin D’œil !
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