La loi américaine HOPE/HELP, qui permettait aux produits textiles haïtiens d’entrer sur le marché des États-Unis sans droits de douane, n’a toujours pas été reconduite. Cette situation inquiète les acteurs du secteur, car ce dispositif commercial a soutenu l’économie haïtienne pendant près de deux décennies.
Adoptée le 20 décembre 2006 par le Congrès américain, la loi Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement (HOPE I) visait à favoriser la relance économique d’Haïti par des avantages tarifaires. Deux ans plus tard, HOPE II (2008) est venue renforcer le dispositif, élargissant les facilités d’exportation vers les États-Unis pour les entreprises haïtiennes du textile. Ces dispositions autorisaient, entre autres, l’utilisation de tissus importés, à condition que la confection soit réalisée sur le territoire haïtien, ouvrant ainsi la voie à une meilleure intégration du pays dans la chaîne régionale de production.
Après le séisme du 12 janvier 2010, Washington a adopté une nouvelle loi, le Haiti Economic Lift Program (HELP), le 24 mai de la même année. Celle-ci a prolongé et élargi les préférences tarifaires accordées par les précédents accords, dans le but de soutenir la reconstruction économique du pays et de créer des emplois durables. Grâce à ces dispositions, le secteur textile est devenu le principal moteur industriel d’Haïti.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 60 000 emplois directs ont été créés dans les zones franches de Caracol, SONAPI et CODEVI, ainsi qu’environ 150 000 emplois indirects. Le textile représente à lui seul près de 90 % des exportations haïtiennes vers les États-Unis, pour des recettes estimées à plus d’un milliard de dollars américains par an.
Selon plusieurs économistes, HOPE/HELP constituait une exception dans les relations commerciales internationales. Elle permettait à Haïti de rivaliser avec des pays mieux structurés comme le Honduras, le Nicaragua ou le Vietnam, grâce à la suppression des droits de douane. Ce régime préférentiel garantissait un flux régulier de devises et des emplois formels dans un contexte de chômage massif. Pour des milliers de familles, les salaires des ouvriers du textile, bien que modestes, représentaient une source de revenus stable.
Une rupture lourde de conséquences
Prévue pour être renouvelée périodiquement, la loi HOPE/HELP n’a pas été reconduite, jusqu’à ce 3 octobre 2025, par le Congrès américain. Cette décision pourrait mettre fin à près de vingt ans d’avantages commerciaux ayant permis à l’industrie haïtienne de rester compétitive sur le marché américain. Si aucune mesure n’est prise, les produits haïtiens devront désormais s’acquitter de droits de douane, ce qui les rendrait plus coûteux que ceux provenant d’autres pays bénéficiant encore d’accords préférentiels.
Les conséquences risquent d’être sévères : perte de compétitivité, fermetures d’usines, licenciements massifs, baisse des recettes fiscales et hausse de la pauvreté. Plusieurs entrepreneurs redoutent déjà une nouvelle vague d’instabilité sociale dans un pays où chaque emploi perdu creuse davantage la crise.
Tout compte fait, la non-reconduction de la loi HOPE/HELP dépasse le cadre strictement économique. Elle menace directement la stabilité sociale d’Haïti et remet en cause les maigres acquis obtenus depuis vingt ans. Pour de nombreux travailleurs, sa disparition pourrait signifier un véritable naufrage social et industriel.
Juste un clin d’œil !