Le 10 octobre dernier a marqué la journée mondiale de la santé mentale. Cette année, elle est célébrée dans un contexte de crise aigüe, dans un pays où la santé mentale est loin d’être une priorité. Bon nombre de citoyens souffrent de troubles mentaux, mais, par faute de connaissances, ils souffrent en silence, ce qui risque d’avoir de graves conséquences.
Insécurité, pénurie et ajustement des prix du carburant, instabilité politique, paralysie totale des activités socioéconomiques, cherté de la vie sont, entre autres, les préoccupations des haïtiens depuis quelques mois. En raison de cette situation, la population souffre quotidiennement et cela n’est pas sans conséquence sur leur psychologie.
Viviane Métellus habite à Delmas, elle vit avec sa famille, elle nous explique son calvaire depuis le blocage du pays, le 11 septembre dernier.
« Je reste cloîtrée chez moi involontairement, je pense à toute la situation du pays, je vois les enfants grandissent dans un pays où ils ne peuvent même pas aller à l’école. C’en est trop pour moi, j’en peux plus », crie la jeune dame.
Le tableau que nous peint la jeune dame n’est pas différent de celui de Marco Estiver qui, dit-il, est submergé face à cette situation inquiétante qui est loin d’être résolue.
« Je me trouve dans un pays où il n’y a aucun loisir, pas d’électricité, j’ai envie de sortir, mais faute de moyens ou par peur d’être victime ou kidnappé, je suis obligé de rester chez moi. Je me trouve dans un pays où le carburant, la nourriture et même de l’eau potable sont des luxes. Je suis stressé au quotidien », témoigne le jeune homme.
Le président de l’Association Haïtienne de Psychologie, Pascal Nery Jean Charles croit que la situation dans laquelle nous vivons affecte la santé mentale des gens, car, soutient-il, «le déplacement n’est pas facile, le loisir n’existe presque pas aujourd’hui, ce qui pousse les citoyens à se focaliser sur la situation sociopolitique et économique du pays. L’environnement physique impacte la santé mentale, sans santé mentale et sans bien-être, il n’y a pas de vraie santé», lance le spécialiste.
« Si vous n’êtes pas en sécurité physiquement donc mentalement ce serait catastrophique. Tu es chez toi tu as peur, il n’y a pas de paix à l’extérieur, il y a forte chance que tu souffres beaucoup plus intérieurement. La situation psychologique de la population, avec surtout ce phénomène d’insécurité, s’est empirée ces dernières années », poursuit-il.
Selon le Dr Napoléon Joseph Milot, psychologue à la Fondation Haïtienne de Diabète et de Maladie Cardio-vasculaire (FHADIMAC), toutes les couches de la société sont psychologiquement affectées par la crise sociopolitique et économique actuelle.
« Tout le monde est stressé, mais les personnes qui ne sont pas avisées sont les plus vulnérables. Beaucoup de gens sont dépressifs, mais puisqu’ils ne sont pas éduqués, ils souffrent silencieusement » a-t-il déclaré.
« Les enfants, les personnes souffrant des maladies cardio-vasculaires (diabète, tension) sont les catégories qui souffrent le plus. Nous vivons le stress au quotidien, vu que le stress est l’un des facteurs déclencheurs des maladies cardio-vasculaires, on risque de recenser une hausse des chiffres des personnes diabétiques, hypertendues et cardiaques dans les prochaines années », insiste le psychologue.
Les spécialistes en psychologie croient que la santé mentale devrait être une politique de santé publique, vu que le pays est souvent confronté à de graves crises. Ils demandent aux autorités de prendre leur responsabilité.
Relever les défis, trouver des solutions
Les psychologues proposent des conseils pratiques aux gens pour surmonter la situation.
« Il faut faire quelque chose qu’on aime dans ce genre de situation. Si tu aimes le football, regarde un match, c’est aussi le cas pour une personne qui aime chanter, danser, regarder un film ou une série. Il faut éviter les discussions ayant rapport à la situation ou d’écouter les nouvelles, passer moins de temps sur les réseaux sociaux. Le rire est thérapeutique donc, amusez-vous ! Cela va vous aider », tels sont les recommandations des psychologues.
Selon un sondage mené lors d’une campagne de sensibilisation baptisée «SOS Dépression» du mois de septembre à date, sur les 332 appels reçus, près de 19% concernent les personnes souffrant de dépression. Sur les 2 dernières années, 7696 appels ont été reçus, bon nombre de ces appels concernent les personnes dépressives ou d’autres pathologies psychologiques. Selon l’OMS, 50% des personnes sont dépressives et 20% de celles atteintes de schizophrénie ne reçoivent aucun traitement médical spécifique. Chaque année, environ 800 000 personnes mettent fin à leurs jours et d’autres, plus nombreuses encore, font une tentative de suicide.
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