Alors que l’État haïtien perd, chaque jour davantage, le contrôle de son territoire, gangrené par une violence armée endémique, le Gouvernement continue de miser sur la réponse budgétaire. Ainsi, 177,13 millions de gourdes ont été alloués à la Police Nationale d’Haïti (PNH) pour financer six opérations dites « anti-gangs », entre juin et juillet 2025. Monsieur Rameau NORMIL peut-il encore convaincre?
Ces interventions ciblent des zones critiques comme Kenscoff (45 millions), Gressier (40 millions), Mirebalais (29,5 millions), Tabarre (15 millions), la baie de Port-au-Prince (12,63 millions) et le département de l’Artibonite, pour lequel on peut raisonnablement déduire une enveloppe d’environ 35 millions de gourdes, tel qu’il est précisé dans les documents officiels.
Ces importantes sommes témoignent d’une volonté apparente de neutraliser les foyers criminels. Toutefois, derrière les chiffres, se cachent d’autres réalités préoccupantes, notamment l’absence d’une stratégie globale, la fragmentation des actions et, surtout, un manque flagrant de transparence. Les correspondances du Gouvernement, par le biais du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), démontrent un appui logistique soutenu aux opérations, mais aucune reddition de comptes, aucun indicateur de performance, ni évaluation publique des résultats n’ont été communiqués. Le Commandant en chef de la PNH, Rameau NORMIL, ainsi que le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), sont directement interpellés quant à la gestion et l’efficacité de ces missions.
Pendant ce temps, la crise sécuritaire s’aggrave. Les gangs armés continuent d’étendre leur emprise, bloquant les routes, kidnappant, rançonnant, et soumettant des quartiers entiers à leur autorité. Les témoignages des citoyens et les alertes des organisations de la société civile sont sans équivoque car les opérations financées n’ont pas freiné l’escalade de la violence. L’insécurité, loin de reculer, s’intensifie.
Ce constat évoque une contradiction profonde, des centaines de millions dépensés, mais aucun résultat tangible. Dans ce contexte, on ne peut s’empêcher de poser la question essentielle : investir autant, pour quel impact ? Tant que la PNH ne s’inscrit pas dans une réforme structurelle et ne rend pas compte de ses actions, ces dépenses risquent de n’être que des pansements budgétaires sur une hémorragie sécuritaire.
En conclusion, si le financement d’opérations de sécurité est légitime face à l’urgence, il doit impérativement s’accompagner d’un contrôle rigoureux, d’une gestion transparente des ressources publiques et de résultats mesurables. Autrement, les montants engagés ne feront que prolonger l’illusion d’un État actif, alors que ce dernier, en réalité, vacille. Ce moment appelle à une refondation complète de l’appareil sécuritaire, dans la clarté, la rigueur et l’intérêt de la nation.
Juste un clin d’œil !